| Exposition "Paracas/Elena Izcue" Musée du Quai Branly |
|
Du 1er Avril au 13 Juillet 2008, le Quai Branly accueille deux expositions ayant comme fil conducteur le Pérou.
La première, intitulée Paracas révèle les trésors archéologiques du Pérou ancien, plus précisément des objets provenant de sépultures datant de 200 avant Jésus Christ découvertes dans la région de la péninsule désertique de Paracas. En effet, suite à des fouilles archéologiques menées dans les années 20 par l'archéologue péruvien Julio C. Tello, 2 vastes nécropoles sont étudiées, on y exhume 429 Fardos ou paquets funéraires dans lesquels sont présents de nombreuses pièces brodées, tissées, des céramiques, des bijoux.
En parallèle de cette exposition, une seconde intitulée Elena Izcue. Artiste péruvienne des années 30, est une véritable Pionnière des arts décoratifs en Amérique Latine. Elle a permis la valorisation de l'art précolombien en s'appropriant les signes et symboles ancestraux pour les mettre en exergue dans son travail.
Notre visite débute par l'espace Paracas. Un véritable parcours est créé. L'exposition commence par une présentation du contexte géographique, la péninsule de Paracas, cartes, vidéos, textes de présentation. Ensuite, un fardo funéraire nous est présenté avec son contenu, la signification des symboles et le rituel mis en place au moment de la mort. Les corps sont vidés de leurs organes, des ornements, sortes de bijoux en or sont placés sur le front du mort. Ils sont enveloppés des textiles avec des symboles particuliers anthropo-zoomorphes. Ceci permet de faire un lien avec la partie la plus importante de l'exposition présentant les textiles et quelques pièces de céramiques ou d'orfèvrerie. L'accent est mis sur le textile. En effet, le travail du tissage et des motifs est omniprésent, il y a un véritable art du textile. Le jeu des couleurs est très important, plus de 190 teintes différentes sont utilisées. Ces tissus ont plusieurs utilisation au sein des sépultures, envelopper entièrement le corps, ou juste certaines parties comme la tête. Les personnages hiérarchiquement élevés dans la société étaient enterrés avec leur costume de chef, leurs vêtements de cérémonie. Les vêtements quotidiens étaient absents des rituels liés à la mort. Sur tous ces tissus, apparaissent des symboles anthropo-zoomorphes. Il y a deux types de représentation, l'une plus naturaliste et l'autre géométrique, une évocation. On retrouve une iconographie récurrente, une créature surnaturelle qui tient d'une main une tête humaine coupée. Cela pourrait renvoyer à la notion de trophée de guerre qui est une tradition ou alors un signe de pouvoir spécial conféré au possesseur. Dans ce cas, ce ne seraient pas que des trophées guerriers mais des têtes d'ancêtres, forces surnaturelles faisant référence à la pérennité du monde vivant. Ces motifs apparaissent comme un véritable moyen de communication, que ce soient les symboles abstraits ou concrets. Ce sont des allégories de la nature, la société, des rituels. Les pouvoirs sont représentés par des animaux ou des plantes, lien entre le monde passé, les ancêtres et le présent, synonyme de force. Malgré l'apparente fantaisie des combinaisons de figures, il y a un code logique, rien n'est laissé au choix des brodeurs. C'est un vrai langage. On le retrouve d'ailleurs sur tous les objets présentés, céramiques et objets ornementaux. La fin de la visite se termine par une oeuvre de transition, une oeuvre majeure, archétype de l'art Paracas durant les années 20, le Manto, exposé au Brooklyn Museum de New York. Ce qui ne permet de passer à la seconde partie de l'exposition consacrée au travail d'Elena Izcue, un travail précurseur de revalorisation esthétique de l'art précolombien au travers de l'art décoratif.
Le parcours visuel s'organise en trois temps forts.
D'une part, une présentation de sa période de formation, avec les débuts de sa production artistique en France et au Pérou. On découvre ses premières créations sur l'étude des motifs précolombiens et leur retranscription et application dans les arts décoratifs, avec la création de motifs pour un travail sur le textile, médium majeur dans l'art péruvien. C'est à l'école nationale des beaux arts de Paris où elle étudiera qu'elle mettra en place ce mode opératoire d'appropriation et de retranscription. D'autre part, on nous présente ses premiers travaux d'études qui ont engendré son ouvrage El arte peruano en la escuela, publié en 1926, une référence en matière de recherche sur l'art précolombien. Enfin, le parcours s'achève avec la présentation de son travail de création de textiles, des toiles imprimées, de dessins sur papier, foulards, réalisé à New-York ou à Paris entre les années 1927 et 1939.
Avec cette double exposition, nous avons pu découvrir comment l'art précolombien a su perdurer et se pérenniser dans l'art moderne pour des créations entre tradition et modernité. Un véritable voyage atemporel à travers l'art péruvien. Il serait intéressant de réaliser un parallèle entre les symboles ou rites précolombiens et égyptiens. En effet, on retrouve de nombreuses similitudes dans le rituel funéraire, avec le même principe de momification. Ou encore avec l'iconographie des têtes commémoratives du royaume du Bénin au Vème siècle semblable aux personnages anthropo-zoomorphes des Paracas. Une signification similaire avec un lien aux ancêtres générateurs de force et de pouvoir. Il paraît étonnant que des civilisations qui semblent si éloignées aussi bien dans le temps que dans l'espace partagent des pratiques communes, des symboles communs. On pourrait alors émettre l'hypothèse d'une certaine universalité et d'un tout-monde, quelque chose d'inné dans la nature de l'homme.
|
| < Précédent | Suivant > |
|---|


Du 1er Avril au 13 Juillet 2008, le Quai Branly accueille deux expositions ayant comme fil conducteur le Pérou.







